11.2.11 :: FEAR AND LOATHING #11 (suite et fin)

THE MIMI’S NIGHTMARE
Quatrième et dernière partie

...Puis Mimi Mathy a levé la tête vers le ciel et se mit à rire d’une façon si extrêmement peu saine que la tétanie me submergea aussitôt. Elle entreprit de bafouiller de maladroites incantations en flots de bave enragée comme si quelqu’un là-haut n’avait rien d’autre à faire que l’écouter. Et la seule chose qui m’a dissuadé de croire qu’elle cherchait à entrer en communication avec l’enfoiré de Dieu lui-même, c’est que je n’en ai pas eu le temps : j’en ai tout de suite été convaincu.

Et là, le putain de Dieu en question, et peu importe qui il était et sous quelle forme, un fond de yaourt au bifidus actif ou pire encore, Cali, s’est probablement pointé avec une poupée gonflable Ségolène Royal fraîchement souillée de la Sainte Jute pour m’administrer quelque chose qui ressemblait à une version hostile et bouchère de la légende de l’empreinte de l’ange. Sauf qu’on avait affaire à un ange mentalement peu stable qui s’était ramené avec une hache aiguisée à mort afin d’être sûr que le boulot soit fait suffisamment salement pour m’ôter l’envie d’y revenir...

Ainsi, tout ce qui s’est passé ensuite n’est plus qu’un tas de bribes hasardeuses traversant les zones ombrageuses d’un reste meurtri de conscience.

Des brumes poisseuses enveloppaient désormais cet abominable paysage télétubbique que constituait l’œuvre indigeste de la gnome. Impossible de distinguer précisément ce qui s’était tramé dans le bordel. Mais parfois, quand les nuits se font profondes, des images incohérentes me reviennent comme des rêves charcutés à la pioche rouillée.

Mimi Mathy n’avait pu agir seule, et je peux affirmer qu’elle était accompagnée de deux sbires qui se prétendaient soldats de la guérilla colombienne. Cependant, à y regarder d’un peu plus près, ils n’avaient rien de la bonne vieille espièglerie fantasque du FARC classique, ils traduisaient plutôt l’idée précise qu’on se ferait du fleuron d’une éventuelle armée suisse. Ils avaient été formés à l’école de la mollesse insupportable et avaient appris le port des polos beiges à devenir cinglé. Un bataillon de férocité avachie qui ne trouvait aucune utilité aux armes, ils se contentaient d’attendre que l’ennemi se suicide.
Et c’est peut-être ce que j’ai fait sans même m’en rendre compte.

Car quelque part, Mimi Mathy a fini par obtenir ce qu’elle avait semblé chercher dès le départ : la mort de tout ce qui en moi constituait une entrave sérieuse à son projet d’un monde meilleur, au sens Osez la neurasthénie du terme. LE PROJET TINKY WINKY. Il lui a suffi de trois mois pour bousiller mon insolence, mon univers, mes innombrables déviances, mes élucubrations déjantées, tout le foutoir extravagant de ma façon de causer et la liste est longue…

Aujourd’hui, plus de six mois après, j’essaie de retrouver tout ce que j’ai perdu dans la bataille, mais je crains que les blessures soient suffisamment sérieuses pour envisager l’irréversible. Des nuits silencieuses s’accumulent et finiront bien par m’éteindre avec elles au détour d’une heure tardive…

Et comme beaucoup de dingues terrassés au combat, je finirai peut-être en chair à statuts Facebook. Et je m’en contenterais franchement bien volontiers…

That's all fucking folks...

22.2.11 :: FEAR AND LOATHING #11 (3e)

THE MIMI’S NIGHTMARE
Troisième partie

...Mimi Mathy se payait un visage si grossièrement ravalé à la bonté qu’il en virait au démoniaque. Elle semblait tout à fait consciente que son handicap physique la prémunissait de toute atteinte à sa personne. Ce sourire encastré dans la mâchoire qu’elle ne quittait jamais n’était pas une manifestation de bienveillance, c’était de la confiance arrogante pure. Elle ignorait qu’elle était tombée avec moi sur un coriace sans aucune notion de bienséance morale. Et probable qu’elle l’ignore encore la foutue nabote…

Ce visage aurait constitué une somme de cauchemars affreux pour quiconque croyait encore aux vertus de l’insanité. Par je ne sais quel immonde procédé, la seule vue de cette trogne éveillait en moi des pulsions de sacrifice, j’aurai vendu mon âme pour pas cher à des militants centristes si ça m’avait permis de m’arracher la tête. C’était trop, elle suintait l’amour et la paix en telle quantité qu’elle aurait fait passer le plus ramolli des hippies pour le patrimoine génétique d’un équarisseur écossais muté à la médecine est-allemande…

C’est à ce moment-là que j’ai eu la première des mauvaises idées qui allaient jalonner ma captivité. J’ai baissé les yeux. Parce que c’était la meilleure des choses à faire à cet instant précis pour éviter de tâter de trop près les distractions mutines de l’AVC, je n’avais juste pas prévu ce que j’allais trouver plus bas. Sa tenue se résumait à un jean usé trop court, et après tout pourquoi pas même si dans le cas qui nous occupe cela constituait un genre de comble d’exploit olympique, mais bon sang frelaté elle portait cette sorte de chemise à motifs que l’on ne rencontre plus guère que dans les recoins les plus douteux de la nébuleuse disco. Mon goût avéré pour le bizarre sous toutes ses formes indécentes atteignait ainsi sa limite critique. Rien n’aurait pu me préparer à ce type de vision outragée en pleine saison des sueurs. D’ailleurs, rien ne peut préparer à affronter sereinement la vision d’une vieille Sheila compressée à la va-vite. Et…

Et soudain, quelque chose dans sa tête ravagée a dû faire une étincelle du genre qui désinhibe et elle s’est mise à claquer des doigts comme une forcenée. Tu devrais être plus attentive, je crois que t’as un syndrome Gilles de la Tourette qui s’est paumé dans ton canal carpien, mais t’es juste probablement cinglée de fond en comble, hein... Elle m’a coupé en hurlant d’une voix devenue l’horreur absolue du malin Par la confiture de fraises divine je t’intime l’ordre de la fermer physiquement et de quitter ce petite sourire de concombre trop mûr tandis que les boudins fripés qui lui tenaient lieu de doigts continuaient de s’entrechoquer avec frénésie, et ça tonnait sourd dans le bordel.

Puis elle a levé la tête vers le ciel et se mit à rire d’une façon si extrêmement peu saine que la tétanie me submergea aussitôt. Elle entreprit de bafouiller de maladroites incantations en flots de bave enragée comme si quelqu’un là-haut n’avait rien d’autre à faire que l’écouter. Et la seule chose qui m’a dissuadé de croire qu’elle cherchait à entrer en communication avec l’enfoiré de Dieu lui-même, c’est que je n’en ai pas eu le temps : j’en ai tout de suite été convaincu.

à suivre...

18.2.11 :: FEAR AND LOATHING #11 (suite)

THE MIMI’S NIGHTMARE
Deuxième partie

…je me retrouvai pieds et poings liés sur une chaise à motifs trop délibérément fleuris pour feindre de croire que les choses ne s’étaient pas mises à dérailler. Tout dans la pièce où je me trouvais évoquait les pires heures de mes plus insoutenables cauchemars. Les murs étaient recouverts de posters flambant neufs représentant des familles suintant les CSP haut perchées, le sourire aux lèvres. C’était d’une telle naïveté mièvre que j’ai cru un instant avoir été jeté au cœur d’un dossier de presse Kinder… Et quand je l’ai entendue derrière moi, autant vous dire que j’aurais vraiment préféré…

J’aime ces matins d’été qui gesticulent avec entrain comme une farandole de joyeux flans pâtissiers.

Taré de Jésus ne noyant dans une purée d’ivresse démente, qui pouvait être à ce point confit dans la perversion pour oser prononcer une phrase pareille en plein 40 et des poussières à l’ombre ? Je ne tardai pas à m’apercevoir que la réponse clignotait en flashs hystériques dans la question. Je ne connaissais qu’une seule créature capable d’agresser à ce point les systèmes nerveux réglés sur l’extrêmement sensible. Une vieille blonde décolorée qui dissimulait ses penchants malfaisants sous une apparence brouillonne de naine mielleuse à la con. Et quand je l’ai sentie faire le tour pour venir se planter devant moi, j’ai compris qu’on allait poser la dernière pierre à l’édifice effrayant d’un enfer de première. Et une fois qu’on aurait parfait le tableau, il ne resterait plus qu’à se courber sous les tortures.

Le bon Dr Hunter S. Thompson, paix et gloire à son âme dévergondée au plus haut des cieux titubant d’éther speedé, disait « rien n’a jamais été assez bizarre pour moi ». Il n’aurait certainement jamais pu prononcer cette phrase emblématique, qui fut longtemps le pilier de mes pires déviances, s’il s’était retrouvé emplâtré comme moi dans ce mois d’août brûlé au vif, ligoté sur une chaise immonde, nez à nez avec cette offense humaine tout droit née des rêves détraqués de Dieu : Mimi Mathy et puisqu’il faut dire les choses franchement maudit soit son nom de baptême.

La panique montait en lacérations glacées au cœur même de ce qui me restait de veines valides, je me retrouvais prisonnier dans ce coin particulier de l’espace-temps qui avait jadis été le théâtre des agissements sinistres de la bande à Tinky-Winky, ce coin dénué des principes de vie néfastes élémentaires, ce coin où l’on utilisait encore très certainement des expressions comme « pas piqué des hannetons »…

Mimi Mathy se payait un visage si grossièrement ravalé à la bonté qu’il en virait au démoniaque. Elle semblait tout à fait consciente que son handicap physique la prémunissait de toute atteinte à sa personne. Ce sourire encastré dans la mâchoire qu’elle ne quittait jamais n’était pas une manifestation de bienveillance, c’était de la confiance arrogante pure. Elle ignorait qu’elle était tombée avec moi sur un coriace sans aucune notion de bienséance morale. Et probable qu’elle l’ignore encore la foutue nabote…

à suivre...

17.2.11 :: FEAR AND LOATHING #11

THE MIMI’S NIGHTMARE
Première partie

Si l’enfer existe, c’est une vieille naine décolorée…

C’était en octobre. Je promettais de décrire les raisons qui m’avaient contraint à trois mois de silence effrayé. J’ai ensuite tenté en vain, pendant quatre mois acharnés, d’affronter la somme infecte des démons tenaces qui rôdaient dans mon esprit déjà bien débiné. J’ai longtemps cru que je ne parviendrais jamais à vous conter l’indicible enfer. Mais si les Enfoirés polluent des tas de salles combles, il n’y a aucune raison valable de taire les méfaits de certains d’entre eux, alors en route pour un récit à haute température des plus hallucinés.

Et puis chose promise, chose que vous pouvez légitimement venir m’arracher au moyen de violents sévices moraux… Enfin vous êtes censés connaître vos droits…

Le matin s’était levé fiévreux dans la lumière d’août cramée à blanc… J’ignorais encore que je fonçais somnolent vers un cauchemar agité comme des kilomètres de cordes raides au tranchant. C’était pourtant la même côte abrupte et sévère à s’enfiler à pied tout en se maudissant d’avoir cessé toute activité sportive raisonnable depuis 1994. Les mêmes gouttes de sueur bouillante farcie de bon Armani semées sur des bouts de lave séchée jaillissant des craquelures d’un bitume en bout de course. Tout dans l’air sentait la bonne vieille routine et je m’apprêtais donc à m’enfiler sept heures de postures professionnellement très concernées. C’est foutrement dégoulinant que j’arrivai devant le portail de la maison d’édition qui m’emploie, on ne sait encore très bien pour quelles obscures raisons, et c’est là que les choses ont commencé à se compliquer. J’ai à peine eu le temps de sentir une main teigneuse m’agripper l’épaule, à peine eu le temps de réaliser qu’on me renversait en arrière et qu’une seconde plus tard mon crâne ressemblerait sans doute à de la féta de contrebande sri-lankaise.

Quand j’ai miraculeusement pu essayer de rouvrir un œil battant de litres de sang déferlant excité, des vagues de blancheur torride ont fait exploser une première rétine inattentive, dispersant des éclats translucides dans la partie encore saine de mon cerveau, celle qui me sert à déterminer s’il est ou non séant de manger de la boue en cas de pénurie de Twix. Il m’a fallu un bon moment pour comprendre que l’ardent de saison avait tourné à la sauce très rance.

Je me retrouvai pieds et poings liés sur une chaise à motifs trop délibérément fleuris pour feindre de croire que les choses ne s’étaient pas mises à dérailler. Tout dans la pièce où je me trouvais évoquait les pires heures de mes plus insoutenables cauchemars. Les murs étaient recouverts de posters flambant neufs représentant des familles suintant les CSP haut perchées, le sourire aux lèvres. C’était d’une telle naïveté mièvre que j’ai cru un instant avoir été jeté au cœur d’un dossier de presse Kinder… Et quand je l’ai entendue derrière moi, autant vous dire que j’aurais vraiment préféré…

à suivre...

9.2.11 :: ANYTHING #25

Les derniers échos virevoltaient dingues dans la nuit frileuse et tendue. L’orage remballait sa foutue déglingue pour l’emmener secouer d’autres ciels intenses. Le vent continuait à se la fantasmer fracas dans les vieilles peintures de volets partiellement dégondés. La pluie allait sans doute encore un peu traîner le temps de quelques heures mornes tirées sur le gris pâle…

Quelques nappes brumeuses imparfaitement blanchies s’égaraient en havres mourants sous les lueurs usées d’un reste de lune. L’air charriait des vapeurs grossières de —mais, au fait, bordel de Jésus consciencieusement ravagé, qu’est-ce que je viens me foutre là comme un gland de première dans ce tableau digne des fantasmes les plus assommants d’un clampin du New Hampshire foutrement désespérément bluesy ?

Certes, vous n’êtes pas très nombreux à attendre la résurrection déchaînée de la démente parole maison, vous n’êtes même que deux ou trois, et très précisément identifié(e)s de surcroît. Mais je ne peux tout de même pas me permettre de revenir, après quatre mois de cavale fébrile, ramolli en vieille caricature jaunie de vieux chanteur folk imbibé de vieux whisky putain d’écossais jusqu’à la garde.

En conséquence, voici ce qui va se passer dans le coin pendant quelques temps : pas de feu à cramer les immensités, pas de virtuosité déchirée, juste des étincelles dispersées à droite à gauche jusqu’à ce que ça prenne quelque part et ravage enfin l’épaisse croûte de léthargie. Quelques lignes par-ci par-là… Histoire de répandre quelques mauvaises graines sur le tas de cendres en l’espérant encore un brin fertile… Histoire de recoller les brisures de l’éclat jadis…

*

Et merde à la fin, qu’est-ce que je baragouine depuis des soirs entiers contenus dans ces quatre paragraphes de dépressif de première ? J’ai créé le DLBI pour me mettre à déconner dans tous les sens et voilà que je cherche fiévreusement, en essayant de vous séduire, de la putain de lumière comme un putain de poète à la con sous ses foutues myriades d’étoiles. Voilà ce qui cloche, je commence à me prendre au sérieux et à m’imaginer l’élu de quelque chose qui m’échappe de toute façon et que je ne suis même pas sûr de souhaiter, ou alors plongé dans un état de coma-défonce.

Parce qu’à choisir d’emprunter ce chemin cahoteux plein de boue séchée soir après soir ce qui me pend au nez c’est que je vais devenir un genre de Marc Levy pour pisseuses marginales voire poussées dans la mélasse gothique à putain de donf et ça je n’ai pas les épaules. Plutôt me réincarner en sosie de Laurent Voulzy roux lunettes immondes incluses…

Tout ce billet misérable ne sera donc qu’une pauvre façon de remettre le doigt sur un reste de gâchette rouillée, une tentative maladroite de remonter sur l’enfoirée de bête furieuse… et bien accroché aux rênes, comptez sur moi pour laisser secouer l’affaire jusqu’à ce que le souffle en abdique avec terreur.

IN DANIELA LUMBROSO WE TRUST

Ceci étant dit, barrez-vous d’ici maintenant, oubliez tout ce texte, et considérez le temps venu de fourbir le système cardio-vasculaire car il y a des renaissances comme des rodéos démentiellement frénétiques…

That’s all fucking folks…

Pour Caroline et Estelle

14.10.10 :: EXPOSURE #32

Plus une ligne. Plus une ligne digne de considération depuis presque trois mois. Ainsi débute ce qui pourrait être une dernière tentative fébrile d'enquiller de la bonne vieille came extravagante comme aux bonnes vieilles heures déchirées de quelques nuits lointaines encore un peu fumantes. En décombres. Du ravage, du sérieux.

Il n'y en aura peut-être plus beaucoup, de ces nuits-là, à moins que j'aille me les arracher comme on arrache des pans entiers de montagnes raides — et parfois menaçantes quand le ciel adopte la bonne nuance de gris, dans les pas mal foncé. Car trois mois, c'est visiblement bien plus qu'il n'en faut pour foutre en l'air toutes les routines d'un métabolisme branlant. Trois mois, c'est le temps qu'il faut pour se faire secouer, décaniller, jeter au sol en mille morceaux, s'évanouir, se réveiller, et pour finir comprendre ce qui s'est passé, la tête encore farcie de la mélasse visqueuse qu'ont laissé toutes ces heures inconscientes. Et quand on se met à comprendre que des morceaux de puzzle brisés, broyés, réduits à l'état de cendres, se débrouillent pour s'emboîter malgré tout, on n'est déjà plus dans la même vie. On se rend compte qu'on a grandi un peu.

Durant ces trois mois, donc, il n'y a plus eu de place pour s'asseoir un peu avec un verre et la musique adéquate dans mes tympans depuis bien longtemps éventrés, devant la seule source de lumière que la pièce soit en mesure de supporter, l'écran, le putain d'écran. Trop occupé à jouir de tout dehors, les rencontres, les endroits inconnus jaillissant des premiers détours d'un matin sombre et frileux, les destins qu'on croise parfois en fractions de seconde intenses. Des bords de route en abondance cahoteuse où traîner des fardeaux d'images encastrées à vie en s'efforçant de croire que des leçons mériteraient d'en être tirées. Et au cœur même du bordel, sa présence lumineuse, phare de lumière noire dressé bien droit sur des bouts d'océan rendus fous par la seule odeur abrupte de rochers sauvages et fracassés. Comme une évidence absolue délivrée crûment en décharges fougueuses à même les veines, un chaos passionné, une escalade frénétique de tremblements saccadés de chair à vif. Querida qui fut d'abord la blessure.

Mais tout ça n'est bien sûr qu'une version plus ou moins romancée des faits bruts, une introduction calme pour vous remettre dans le bain. Et moi avec. L'heure est enfin venue. Je m'appelle Thierry Alves, j'ai 148 ans selon le test Facebook « quel âge auriez-vous si vous étiez né en 1862 ? », et ceci est mon cirque. C'est gratos, tu peux même pomper mes textes, je m'en branle, t'en tireras rien.

Dans quelques jours, je vais te raconter ce qu'il s'est vraiment passé, ce qui a motivé le silence, mais sache d'ores et déjà que si l'enfer existe, c'est une vieille naine décolorée... On y retourne ?

15.7.10 :: DARKLINES #6

J’aurais dû écrire tout un billet sur le thème du café, là… Pourquoi ? Ce serait long à t’expliquer, et gênant, mais de café il ne sera précisément question. Ou de loin, là bien sage à l’arrière-plan. C’est que vois-tu, cher lecteur qui se fait probablement déjà chier, Jacques Vabre n’a jamais entendu parler de moi, et j’aimerais autant qu’il en reste ainsi, parce que je n’ai aucune envie de savoir quelle peut être la conversation d’un type qui se fait appeler El Gringo avec l’accent, et dont l’activité sexuelle consiste à tripoter des grains de café douteux, vêtu d’un costard blanc et moite de trafiquant colombien bronzé jusqu’à l’os (et doux Jésus, vraisemblablement au-delà). Si t’as quatorze ans tu ne comprendras rien à ce tas de phrases, et c’est normal, tu devrais pas t’aventurer hors d’un skyblog sans les armes adéquates, infâme petit con. Va-t-en d’ici avant que je sois obligé de t’apprendre que ta mère est une MILF.

C’était un après-midi qui brinqueballait de chaleurs assommées, il y aurait des soirs à peine tiédis dans les violets, sans doute, plus tard, mais l’on n’en savait encore rien, c’était s’avancer. Alors oui on a fait croiser nos routes quelques secondes autour d’un café, ça semblait presque rien du tout, comme ça, vu de dehors. Vu d’elle, aussi. Mais va couper de la caféine avec toute une gamme de frissons made in l’intense quand juillet en fout jusque là…

Il y avait comme des échos sourds d’émotions gardées là même où elles remuent. Elles y étaient bien, ne faisaient pas trop mal, juste un peu, juste assez. Je n’étais même pas sûr de les comprendre, de toute façon. Au pire on en ferait de belles cicatrices tirées sur le rouge vif. Des hectares de brûlures inapaisées. De l’épilepsie versée à même le sang. Je venais de boire l’un des cafés les plus agréables de l’histoire. Et l’histoire, comme d’hab, elle s’arrêtait là. Net. Le rideau est tombé juste après.

Moi avec.

That’s all fucking folks…

3.7.10 :: EXPOSURE #31

Si tu savais, Evelyne Dhéliat, à quel point je souhaite qu’une vérole pleine de trucs verts dûment visqueux finisse de te ravager une bonne fois pour toutes. C’est toujours la putain de même histoire, chaque putain d’été. Je transpire, et je te tiens pour responsable, Evelyne, ne serait-ce qu’en représailles à l’horreur esthétique que constitue ton prénom.

Je transpire, et comme de juste ça tombe toujours en pleine saison des amours (oui il y a une saison des amours pour les laiderons dans mon genre, c’est quand les hollandaises peu délicatement adipeuses débarquent à la Grande Motte, approximativement). Bon ces quatorze dernières années, ça ne paraissait pas si grave que ça, comprenez il n’était pas nécessaire d’être Cristiano Ronaldo ou tout ce qui n’a pas de ventre dont on peu mesurer le…rayon, j’avais quelqu’un qui s’accommodait de ma bien peu plaisante apparence en dissimulant ses nausées chroniques sous des « pourquoi tu ne t’enfermes pas dans ton bureau ça fait longtemps que t’as rien écrit » ou « j’ai invité ma mère à déjeuner ça te dérange pas ? ». Ou plus explicite : « t’es une rondelle de salami, chéri ? »

Je ne sais pas ce que la vie me réserve, dans le sens « je mens sur Meetic » du terme, mais ce qui est sûr, c’est que rien ne pourra se passer avant la mi-novembre, c’est humainement inenvisageable en 2010. Parce que vous pouvez prendre le problème dans tous les sens, vous pouvez suinter l’Armani par tous les pores, vous pouvez être un conglomérat de fantasmes féminins (et masculins parfois, paraît que j’ai un beau cul, merde)… Bref vous pouvez être mon exact opposé, eh bien si des taches de sueur apparaissent sur votre chemise Versace toute neuve après seulement deux pas faits dehors, croyez-en mon expérience, vous arriverez au mieux tout juste à faire bailler un caniche de Saône et Loire conjonctivité à donf.

J’ai tout essayé, y compris m’injecter du déodorant Mennen antitranspirant par intraveineuse, mais il devait être écrit que mon physique serait et resterait un monument tragique à tous les cauchemars recensés des jolies filles. Celles avec de grands yeux noirs. Profonds. Mais inaccessibles.

That’s all fucking folks… (J'ai pas mieux Estelle, sorry)

31.5.10 :: NEVER WEIRD ENOUGH #22

L’ANGOISSE DU BLOGUEUR A LA CON AU MOMENT DE JULIE PIETRI

DE VIEUX ALLEMANDS DE L’EST DEGUISES EN HERAULTAIS ET PROBABLEMENT INVERSEMENT… FEAR AND LOATHING IN LE PUTAIN D’ESCALATOR… UNE MISSION MISE EN PERIL PAR DU DOLCE&GABBANA FRELATE… CONTRE-TEMPS FACHEUX SUR FOND DE CELLULITE SEXY… BARBARA GLACE LE SANG… QUE FOUTENT LA AUTANT DE PETITS FRERES ?… VOUS N’AVEZ PAS DEMANDE LA TIMIDITE MAIS PERSONNE N’A DEMANDE VOTRE AVIS ALORS FAITES PAS CHIER… LES ANNEES 80 ONT DE BEAUX YEUX BLEUS… LES BLOGUEURS A LA CON ONT UN SOURIRE NIAIS… WAITING FOR DANIELA…

J’allais prendre un train. Je m’étais interdit le loisir d’avoir le choix.

Le chemin de la gare était ponctué de ce qui ressemblait à des retraités d’ex-RDA déguisés pour l’occase en club du troisième âge d’un bled de l’Hérault le plus rural. A moins que ce ne fût le contraire… De vieilles jambes blanches froissées qu’on distinguait trop concrètement entre un bermuda remonté jusqu’au diaphragme et une paire de chaussettes blanches imitation sport. Imitation seulement. Le tout venant glamour habituel, en somme. Très Golfe du Lion… Très je vais vraiment finir par songer à vomir sans y mettre les formes.

Je me rendais à 25 kilomètres de là, Montpellier, pour une occasion bien particulière. C’était le week-end de la Comédie du Livre, souvent considérée comme la deuxième plus grosse manifestation du genre, juste derrière le salon du livre de Paris. Mais qui n’était en fait qu’une extravagante succession de piles de livres, avec parfois quelqu’un qui se fait chier derrière.

Mais revenons-en au début de cette aventure.

L’arrivée en gare de Montpellier s’est mal goupillée… Entraîné par une foule dense et visiblement en retard quelque part, je me retrouvai bien malgré moi sur l’acier menaçant d’un escalator bien peu commode… Et je n’ai jamais su quel était le comportement à adopter sur un escalator, je n’ai jamais rien trouvé sur le net à ce sujet. Aucun tutoriel. Que dalle. Je sentais déjà les premiers frissons d’une panique aiguisée, une procession de milliers d'araignées minuscules qu'on aurait drogué au Creutzfeld-Jacob le long de la colonne vertébrale, et la carotide sur le point d’exploser. L’escalator est ma kryptonite, je crois bien.

Enfin sorti je ne sais comment de ce guêpier, j’avançais péniblement sous une chaleur pas encore à point torride, mais suffisamment poussée pour faire tourner mon D&G. Ce qui, en vue de la mission qui m’était échue, allait vite s’avérer problématique. Car mission il y avait, et pas des moins délicates. Si je me rendais à cette foire, ce n’était pas pour me ravitailler en bouquins, j’avais déjà ce qu’il fallait à la maison, et probablement cinquante livres qui attendaient encore d’être lu. Ce n’était pas non plus pour participer à une rencontre autour de, doux Jésus, Max Gallo, non mais vous m’avez regardé ? Du tout. Ma mission avait l’air simple, comme ça : ne pas ressortir de là sans une photo avec Julie Pietri pour ma page Facebook. Autant dire qu’il allait falloir déployer tout un arsenal d’aptitudes ciselées au tranchant (cherchez pas, cette phrase ne veut rien dire, mais elle sonne bien alors je garde).

Il n’y avait pas foule sur la Comédie, selon les standards habituels du lieu s’entend. Je n’avais nulle intention de m’éterniser là dedans, je devais aller au cœur même du bordel sans jouer ma précieuse, ne pas se laisser aller une seule seconde à la fébrilité, sinon tout se casserait la gueule. Si Julie Pietri venait faire un tour dans le coin, le DLBI se devait de saisir l’occasion, il en allait de sa réputation. Aussi étudiai-je scrupuleusement les feuilles blanches A4 mentionnant le nom des auteurs en Times New Roman taille 72. Il m’a fallu trente secondes à peine pour repérer la feuille tant désirée. Julie Pietri. C’était donc vrai, bénie soit la librairie du Mas de Tesse qui avait eu la judicieuse idée de l’inviter. Juste en dessous de la feuille, quelques bouquins. Derrière les bouquins, putain, personne.

En temps normal, je me serais barré. Mais il me fallait cette photo. Je voulais faire de ma page Facebook un monument à la bizarrerie. Et accessoirement m’adonner au plaisir toujours vif d’accomplir un acte absurde. Aussi allais-je me voir contraint de flâner. Flâner, sans déconner. Montpellier était cet après-midi là un hymne grandiloquent à la tongue et aux pieds souvent de bien peu de grâce. Malgré ça, la ville mérite son statut de « ville dans laquelle grouillent les plus belles filles de France », même les grosses en arrivent à paraître sexy. Montpellier : à nous de vous faire préférer la cellulite…

Comme il était exclu de faire quarante-deux fois le tour de la manifestation sans finir par attirer quelques soupçons sur la teneur réelle de mes motivations, je décidai de chercher un peu d’ombre pour y faire halte. Je choisis de m’asseoir en face du stand de la librairie Gibert, comprenez en face de photos d’écrivains aux poses très inquiétantes, putain de glaçantes. Peut-être devrais-je en voler une pour effrayer les témoins de Jéhovah à l’avenir. Tiens pourquoi pas cette photo de Barbara Constantine, qui m’évoquait comme ça, à première vue, un genre de Geneviève de Fontenay qui se serait encastrée de plein fouet dans Stéphane Bern.

Il ne faisait pas bon traîner par là, je me relevai en essayant de dissimuler mon angoisse. Et me dirigeai vers Julie, elle avait intérêt d’être présente.

En approchant, je vis un attroupement juste à l’emplacement de la Pietri. Elle était bien là, mais personne ne semblait y faire attention, non, l’attroupement, c’était parce qu’à la droite de Julie se trouvait un certain Pascal Le Grand Frère. L’attroupement, c’était les petits frères je crois, un truc de famille, bon bref, qu’à cela ne tienne, j’allais entrer en scène.

Et c’est à ce moment précis que je me suis souvenu d’un détail qui m’avait échappé jusque là : j’avais été conçu avec timidité sévère en série. Ô putain d’injuste Seigneur cirrhosé de fond en comble, allais-Tu encore venir faire n’importe quoi avec Ta toute puissance passée de mode depuis les Chevaliers du Zodiaque ?

Mais je n’avais pas le droit de me défiler. Pas si près. Je pris une profonde inspiration et décidai de la jouer plus grand fan. Deux ou trois secondes pour me frayer un chemin à travers les petits frères de Pascal leur grand frère, et j’y étais. Plus question de reculer. J’avais conscience de me trouver pile en face de 1987, et ses yeux étaient d’un bleu qui frôlait l’érotisme. Je n’ai même pas dit bonjour, il était nécessaire d’aller au plus direct :
« je vous adore, je suis un grand fan de vos chansons, j’ai adoré votre livre, j’ai ici un téléphone portable doté d’un appareil photo tout à fait satisfaisant que je vous demande l’autorisation d’utiliser afin de prendre une photo avec vous que je garderai précieusement toute ma vie et devant laquelle je me prosternerai probablement bien plus souvent que ne le dicte la morale en me remémorant le souvenir ému de cette rencontre qui me ravit d’une extase que je contiens seulement car ma mère m’a inculqué quelques rudiments de politesse ».

Me voici donc en train de me pencher vers elle, tenant à bout de bras mon téléphone, priant pour que ce soit correctement cadré, car je ne me sentais pas de taille à dire « on la refait tu vas quand même pas faire chier ». Par chance, la première fut la bonne. Je marmonnai un merci et repartit illico en direction de la gare, le sentiment du devoir accompli et genre bien comme il faut.

Cependant, en regardant la photo plus attentivement à l’écart de la foule, je m’aperçus qu’un truc clochait, un sourire à la con qui n’avait rien à foutre là barrait la bien peu ravissante concrétion de chair qui me sert de visage. Je m’étais tellement persuadé d’être le plus grand fan de Julie Pietri que j’en avais adopté jusqu’à l’apparence. Pour un peu j’aurais poussé de petits cris aigus. C’était fascinant. Et ça ouvrait une tonne de perspectives. Peut-être pourrais-je me faire passer pour mon patron et revendre la boîte à un consortium de financiers paraguayens…

Aujourd’hui, ma page Facebook exhibe le trophée. Et l’exhibera un bon moment. Seule Daniela sera de taille à le détrôner. Y’aura bien un libraire assez con…

That’s all fucking folks…

18.4.10 :: FEAR AND LOATHING #10

Fallait pas commencer… Non, probablement pas. Quelque part dans un recoin peu salubre de mon cerveau bruissait un fond rance de cauchemar. Et si l’enfer existe, alors j’ai peut-être mis le doigt sur quelque chose…

La fin d’après-midi tirait encore un peu sur les vifs, les premières chaleurs s’étaient mises à en foutre partout, les garces eczémateuses. J’étais en plein dans la défonce que constituait l’écriture de mon billet précédent. Avec dans le sang tellement de caféine que mes yeux semblaient s’être durcis en deux billes excitées de fureur sauvage. Bref, un terreau fertile pour toute une gamme de lubies dûment névrotiques.

Si l’enfer existait, il avait délocalisé sa production au cœur même de mon lobe temporal.

Le truc est d’abord monté nonchalant. « Fallait pas commencer ». Trois mots encore à peine audibles, auxquels je me suis très distinctement entendu répondre « plait-il ? » sans me rendre compte du merdier dans lequel je me fourrais. Ça s’est alors mis à tourner, virevolter, dans un étourdissant manège de frénésie tellurique.

Pourquoi cette chanson de Lio soudainement ? « Fallait pas commencer ». Mais plus inquiétant, pourquoi je ne la connaissais pas ? « Fallait pas commencer ». Etait-ce seulement une chanson de Lio ? Fallait-il être à ce point confit de dépravation pour avoir dans la tête un air dont on ne se souvenait plus ? Qu’on n’avait peut-être jamais entendu. « Fallait pas commencer ». Ça partirait comme c’était venu, me dis-je. Juste une faille infime dans un système instable. Etais-je convaincu. Putain, mais Lio, quand même. Pourquoi pas Maurane tant qu’on y était. Merde.

Mais ce qui me tient lieu de cerveau fut annexé en quelques secondes. Et quand les choses tournent à l’obsession, le voyage promet d’être une peste infrangible et vicieuse. « Fallait pas commencer ». Qu’elle disait, la foutue petite conne.

VAGUES RUGISSANTES DE DINGUERIES

Doux Jésus déchiré au Dash 2 en 1, comment soutenir la vision délibérément démoniaque d’une portugaise en mini-jupe, à la voix stridente, et dont l’allure évoquait tout à fait le genre de nymphette qu’aurait pu imaginer un maçon ivre venant de découvrir le sens du mot « esthétique » ? Je tremblais, suait d’horreur manifeste. Lio ne représentait jusqu’à présent pour moi qu’un vague dommage collatéral de cette foire vulgaire et gavée d’ordures fluorescentes qu’avait été 1986. Comment s’était-elle transformée en cette agression calamiteuse et tendue ?

La panique déferlait maintenant de toutes parts. En un remugle insolent, grouillant de fantasmes abjects qui auraient saisi d’épouvante un bataillon entier de puceaux gothiques et coprophiles. Autour de moi l’air dessinait des boursouflures de fresques aveuglantes, et je me retrouvais soudain plongé dans un genre de Chapelle Sixtine, grossièrement ravalée par un troupeau de singes bonobo sous acide s’étant mis en tête de reproduire Franck Ribéry au moyen de truelles d’occase.

D’innombrables Lio repoussantes, bringuebalantes, dégueulaient à mes oreilles les relents moisissants de leur venin poisseux, leurs voix éructaient en cortèges de remontrances fiévreuses, FALLAIT PAS COMMENCER TU NOUS ENTENDS ? FALLAIT PAS COMMENCER CAR TU NE TROUVERAS LE REPOS QU’APRES EN AVOIR TERMINE, LAMENTABLE DEGENERE.

Je me recroquevillais, me glaçais. A mes pieds, des figurines Playmobil déguisées en Kinder Pingui pogotaient en psalmodiant des passages d’une Bible qui aurait été écrite par Richard Bohringer : ET LA SIXIEME NUIT LE TOUT PUISSANT RESSUCITERA COMPLETEMENT BOURRE POUR LAPER DES FLAQUES DE GNÔLE TIEDE DANS TOUS LES CANIVEAUX DE TOUTES LES VIEILLES RUELLES HUMIDES ET SOMBRES !

Dehors, le jour déclinait dans la terreur crue d’une fin inéluctable. Imminente. Bien d’honnêtes gens sans histoire avaient ainsi péri en arrachant leur propre tête pour faire cesser ce genre de cirque hostile. Ça remplissait des pages entières de faits divers dans la presse régionale. Allais-je à mon tour me voir contraint de me faire gicler de la substance grise par les orbites ?

Par chance, Facebook était fréquenté par un panel de ce qui se fait de mieux sur le net, et ma voisine Flore eut la bonne idée de poster un extrait du dernier Muse, sur lequel je me jetai, une bave incorrectement avide aux lèvres. Aussitôt le vacarme s’estompa jusqu’à cesser tout à fait. Ne laissant derrière lui qu’une rumeur vieillissante.

J’étais en vie. Ça s’était joué à quelques secondes (oui j’ai conscience que toute cette histoire fait très scénario téléphoné, mais laissez-moi vous suggérer d’aller vous faire copieusement mettre).

Cependant, je ne sais toujours pas si cette bribe de chanson, qui a entraîné tout ce que vous venez de vous farcir, existe bel et bien. Il me faut donc me prémunir, par conséquent si vous avez une idée de la chanson en question, veuillez la poster sur le mur de ma page Facebook ou sur celui de la page DLBI. Vous ferez un sain d’esprit. Enfin un presque…

That’s all fucking folks…

12.4.10 :: EXPOSURE #30

Jusqu’à très récemment, les expressions « une soirée entre ex-collègues de travail » et, disons, « une journée dans la peau de la coupe de cheveux de Jean-François Copé » éveillaient en moi la même palette foireuse d’émotions pénibles. Et bien ça m’a tout l’air d’être de l’histoire ancienne, enterrée crûment par ce qui semble être l’œuvre d’un miracle porté sur le carnage à grande échelle.

Il y a de cela quelques soirs à peine.

Une soirée typique de début de printemps (à condition qu’on sache se trouver pile au bon endroit dans le bon pays), où on pèse encore un peu le pour et le contre avant de finalement sortir dans le jardin boire son verre, feignant d’ignorer la fraîcheur croissante. Enfin siroter son premier verre de l’année dehors, l’hiver tout juste envoyé se faire dessouder, encore un peu frémissant, c’est comme un matin tardif de 1er juillet pour tout cancre digne de ce nom. Un retour à la seule normale qui vaille un brin.

Cela dit, une fois à l’intérieur, ce n’était pas mal non plus, et pas seulement parce que je ne m’étais jamais retrouvé nez à nez avec un recueil de Vladimir Maïakovski quelque part dans un endroit où je ne vivais pas et n’avais jamais vécu. Pas seulement parce que des bribes de Bob Marley se frayaient des chemins habiles en vagues chaleureuses ni plus ni moins comme il se devait. Pas seulement parce que la maîtresse de céans, Muriel, était de ces esprits trop rares à mon goût qui m’enchantent sans avoir l’air d’y toucher. Autant qu’un type comme moi puisse être enchanté par quoi que ce soit, bien évidemment, ducon, duchnoque, dugland. Qui que tu sois, merde.

Voilà pour le contexte. Mais qu’en était-il du cœur même des événements ?

Autour de la table étaient réunis des convives d’une extrême valeur à mes yeux, qui avaient pour point commun (et de convergence) d’avoir partagé durant quelques semaines l’une des pièces de l’immodérément vaste villa qui abrite les éditions Comédia, lors du rush traditionnel de fin d’année. Pièce qui s’était vite muée en une sorte d’enclave hilarante de non droit le plus absolu, et dans laquelle avait régné l’intense euphorie d’un genre d’esprit de Noël grossièrement dévergondé. Et la déraison consentie, ça crée des liens. C’est plus ou moins connu. Plus ou moins largement vérifié.

Les éditions Comédia, au fait, pour vous situer, c’est là où il faut s’adresser pour devenir le héros de Plus belle la vie. En gros. Je vous jure.

La table dégorgeait de bouffe en telle abondance que la teneur en calories de tous les Big Mac consommés au même instant sur la planète passait tout juste pour un jardin d’enfants que fréquenterait l’élite des apprentis Télétubbies.

Si je n’avais pas participé à ce dîner, tout ce qui s’y est dit ou fait, je l’aurais tôt ou tard inventé et écrit ici même. On nageait en plein dans la plus franche bizarrerie jamais imaginée par l’homme depuis le jour où il s’était mis en tête de concevoir le département de la Manche. Une discussion irréelle sur l’Antésite pour ouvrir le feu, ça plantait là un putain de sacré décor. Après ça, impossible de ralentir la cadence, sous peine de s’ennuyer à un point tel que même deux siècles de lignée Rothschild auraient fini par abdiquer en vomissements terrifiés, devant la tâche ardue consistant à éviter tout l’éventail recensé des manquements au plus élémentaire savoir vivre.

C’est ainsi qu’un cortège absurde d’élucubrations fantasques venait de se mettre en branle. Filant à train soutenu, entre évocations de mammouths laineux (un genre d’éléphant passé au Woolite, j’imagine), propositions de titres lamentables pour les prochains livres de notre maison d’édition (à ce propos je compte bien écrire mon Willy le Kiwi, envisage de te mettre à trembler, Gilles A.), ou encore héros de fiction frôlant la mort en pourchassant des pirates somaliens dont le seul crime se résumait au vol de quelques cigarettes…

Et autres virtuosités de la même trempe, jusqu’à atteindre l'apogée fascinant et déluré qui allait clore la soirée en épilepsie grandiloquente d’étincelles à point, lorsque nous avons réussi la prouesse de créer Thomas Werthel, un écrivain berlinois qui nous permettrait désormais de briller sans forcer parmi la société la plus étroitement guindée. Nous avons créé le titre de son dernier bouquin, en un fulgurant chef d’œuvre d’indigence, Déluge sur le tram. Nous avons créé sa page sur Facebook, si bien qu’il s’avère aujourd’hui plus réel que bien certains d’entre vous encore réfractaires au grand cirque du réseau bande obscène de gros ringards.

Pas que nous nous sentions investi de la mission de devenir précisément cinglés. Nous avions juste trouvé la bonne fréquence sans trop avoir à tâtonner de la longueur d’onde.

Pour ma part, ce furent des heures confinées dans le pur égoïsme et la délectation juste assez discrète pour ne pas basculer dans quelque chose de… moins propre. Il est rare de se sentir suffisamment à sa place pour en arriver à ne plus éprouver la nécessité de rappeler sa présence. Alors quand ça arrive, l’image qu’on renvoie, on pressent vite qu’on va s’en cogner large.

Et lorsque la pluie d’un minuit timide raccompagna chacun sur sa route obscure, sereine et frileuse, j’étais repu d’une foi nouvelle, relancé d’un élan véloce aux accents de promesse latente.

Alors oui, ce soir-là, l’air de rien, sans la ramener plus que ça, elle était plus belle, la vie.

 

Aucun Hervé Mestron n’a été victime de sévices durant l’écriture de ce tas de phrases empilées n’importe comment, malgré les pulsions démoniaques et difficilement contenues dont l’auteur fut saisi.

That’s all fucking folks…

27.3.10 :: MUSIC #6

Heureux les tout à fait nazes qui ont jugé devoir naître après 1970. Heureux car Il est revenu de son Electric Ladyland traîner sa tignasse parmi nous l’Eternel. Oh pas très longtemps, quatre minutes et quelques poussières travesties d’or intense. Mais bien plus qu’il n’en faut pour sentir le goût d’être présent là où et quand ça se passe. Bien assez pour la sentir passer la lueur sexuellement ardente du messie. Le Vrai : Jimi Hendrix. Pas l’autre con se dorant au soleil à moitié à poil empalé sur une vieille croix. Entendons-nous bien.

Quatre minutes, un peu plus. Donc. Qu’importe, auprès des Dieux le temps se fond en quelque chose de tout à fait hors de mesure, quatre minutes peuvent devenir quatre vies chargées de miracles en abondance. Faites l’expérience chez vous, dégottez-vous un Dieu ou bon sang rabattez-vous sur Benjamin Biolay pour ce que j’en sais. Rendez-vous disponibles, invoquez si besoin quelques vagues souvenirs de catéchisme pour trouver l’angle adéquat. Et voyez ce qui se passe.

Etre trentenaire (euh un peu plus hein…) en 2010 signifie ne pas avoir connu de son vivant cette fin des années 60, ces quatre années de déferlantes hendrixiennes au quintal. Cela signifie aussi se contenter de témoignages de l’époque, devenir adepte, faire vœu d’allégeance, prier parfois, frôler la transe souvent. Se contenter de boire les paroles de sexas qui ont tout vu ou cru tout voir. Partir en Dtox à coups d’albums de Van Halen au bout d’un moment (mais dans mon cas ça ne fait qu’aggraver les choses alors vous devriez sentir le mauvais exemple à dix kilomètres au bas mot). Et tout ça sans vraiment être sûr que tous ces trucs se soient vraiment passés. Le principe de la foi.

A l’origine, je m’étais intéressé à Jimi Hendrix car tous mes gratteux de prédilection le foutait en tête de liste de leur panthéon, ils disaient « influence » souvent. On sentait qu’ils lui devaient. On parlait quand même d’un mec attifé comme c’est pas permis… Z’êtes sérieux bande de blancs becs JackDanielisés à donf et plus ou moins harmonieusement chevelus ? Fallait quand même aller y voir d’un peu plus près. Djian m’avait bien offert Kerouac sur un plateau, savait-on jamais…

Dès les premières écoutes, j’ai compris qu’on ne s’était pas payé ma tête, je me repassais une chanson comme Angel en boucle hystérique. Mais cependant rien qui ne laissât présager d’être en présence du divin. Un foutu bon gratteux, certainement ce qui s’est jamais fait de plus compétent en la matière, mais pas encore le messie, soyons sérieux. Et d’ailleurs je me méfiais des supposés dieux, l’athéisme était une pierre solide de mon identité, comme tous les gens qui veulent se faire une identité à peu de frais. Puis je me suis retrouvé sous un crépuscule putain de violacé en plein été de Castille, Espagne. Et la radio s’est mise à diffuser All along the watchtower. J’avais depuis longtemps déjà fait le vœu de vénérer jusqu’aux dernières extrémités celui ou celle qui viendrait donner une voix à la route, et là, autant dire que ça y était. Plus moyen de faire marche arrière sans se renier en bloc. Dieu n’était pas si différent de l’autre après tout, il en avait juste une plus grosse et jouait à gauche.

Il s’en est ensuite passé des années regretter de n’avoir pas été en plein dans le mouvement 66-70, à devoir se contenter d’enchaîner les compils, et les « écoute cette version de Voodoo Chile mon gars ». A regretter de débarquer encore une fois vingt ou trente ans après le coup de feu. Jusqu’à il y a de ça quelques semaines à peine, la sortie d’un album, Valleys of Neptune, une compil avec un inédit à l’intérieur, qui donne son titre à la galette. Et pour une fois, me voici sur un plan d’égalité avec ceux qui ont connu l’époque, en train d’écouter une chanson plutôt enlevée, la découvrant en même temps que tous ceux qui « étaient là ». Comme si l’overdose de 70 n’avait été qu’un fantasme. Comme si Hendrix était revenu d’entre les morts (en avait-il jamais fait partie ?) Une chanson pour la route encore, comme toutes les autres. Une de celles, dans le répertoire de Jimi, qu’on écoute à 3 du, quand les paupières se mettent en tête de la jouer petites connes capricieuses. Une chanson comme des litres de carburant à s’enfiler pour continuer un bon bout de chemin le temps de quelques heures vives, avant d’échouer au mieux sur une aire de repos triste, assommé par un soleil cramé à blanc trop au sud.

Ouais, le messie était passé faire un petit tour en 2010. Et vous en connaissez, vous, des dieux qui prendraient la peine de faire le déplacement pour quatre cinq minutes et rideau ? Vous en connaissez des qui viendraient se dresser devant vous en disant « que je ne te reprenne pas à douter de mon existence petit homme » ? Méditez là-dessus : les vrais dieux n’ont pas besoin de se dégotter une posture de vedette bon marché derrière des flopées de siècles comme autant de lunettes noires. Ils se contentent d’en avoir. Large.

Et il devenait soudain très clair pour moi que le cimetière des âmes des défunts se situait quelque part à la surface de Neptune. Et c’est tant mieux, je suis féru d’astronomie, je n’aurais pas besoin de demander mon chemin…

That’s all fucking folks…

11.11.09 :: NIGHTS IN WHITE STRAITJACKET #9

La nuit n’avait pourtant pas si mal commencé… J’avais décidé d’essayer de me coucher tôt, parce qu’il faut de temps en temps savoir s’offrir de nouvelles expériences. Histoire d’entretenir la flamme. Non sans auparavant m’être dûment fendu d’un bon Doors jusqu’à la dernière goutte. Histoire d’être bien propre. J’avais même frôlé l’irréparable ce soir là. Et par irréparable j’entends bien sûr verveine.

Autant dire que je comptais bien passer une nuit délicieuse, dans le sens Croisière s’amuse du terme, me plonger sans honte ni scrupule dans un sommeil à la limite de l’indécence. Je m’étais organisé en conséquence, et avant de m’endormir tout à fait, j’avais pour plus de sûreté parcouru quelques pages de philosophie présocratique pleines de grecs à l’intérieur. J’étais paré pour le grand voyage obscur. J’ai juste envoyé « il suffit qu’on me regarde avec des yeux ronds inquiétants pour que je sois convaincu d’avoir affaire à un gars qui pratique l’hypnose » au 81212, afin de recevoir un SMS me disant « tes paupières sont lourdes », et j’ai pu enfin fermer les yeux.

Je les ai rouverts plus vite que prévu, et en grand. 3h22 du mat très exactement. Comme dans les mauvais films avec de mauvais comédiens. Je me suis redressé vivement, en sueur, la respiration haletante, vaguement paniquée. Serrant des draps dont la moiteur ne laissait aucun doute sur la teneur de ce qu’il venait de se passer dans cette chambre pourtant déjà fraîche des soirs de novembre.

Je venais de faire le cauchemar le plus effrayant de mon existence, le genre de cauchemar qui relègue les morts vivants et Didier Gustin au rang de comptines pour enfants dépressifs. Le genre de cauchemar qui vous assure douze bonnes heures de chair de poule constante et acérée. Le genre de cauchemar qui met pour quelques jours le verbe dormir sur le même plan que, disons, « Annie Girardot nue ».

Cette nuit là, maudite soit elle, j’avais rêvé que je courais sur une piste d’athlétisme.

Et ce qui n’aurait été finalement qu’un mauvais rêve est devenu ce cauchemar d’intense effroi lorsque je me suis aperçu que j’étais deuxième de la course, que malgré tous mes efforts je ne parvenais pas à rattraper mon retard sur le gars en tête, et que ledit gars en tête était Karl Lagerfeld. Et putain, habillé en Karl Lagerfeld.

That’s all fucking folks…

24.10.09 :: EXPOSURE #29

Tout avait commencé par une discussion débridée, en ligne directe Herault-Val d’Oise, au tout début de l’été. Une discussion avec mon amie la Miss Calvaire… Chez qui je me rendrais, trois mois plus tard, comprenez le 11 septembre dernier, pour quelques heures jetées dans un genre d’ailleurs. Et dans un genre d’ailleurs, rester j’ai bien failli.

Le commencement... 11 septembre 2009, aux alentours de 20 heures, un train de banlieue me dépose en gare de Domont, Val d’Oise donc, sous la lumière déclinante d'une fin d’été à peine frileuse. Lorsqu’on sort de la gare, Domont donne immédiatement l’impression d’une ville tranquille, apaisée, rassurante, sans excès, cependant ce soir là était bien particulier, quelqu’un avait décidé d’asperger les voitures de harissa, et ça tirait sur l’orange terne un peu partout. Sauf le ciel, qui fonçait doucement dans les mauves profonds. Et c’était tout ce qu’on lui demandait.

Début de soirée sympa, entre tension et excitation, jambon et chips sur un coin de table chaleureux, des instants comme je les aime, improvisés, sans fioritures, sans cérémonies excessives, en compagnie d’amis extrêmement valables à mes yeux. Et à quelques minutes d’un concert, on apprécie toujours de pouvoir manger en marchant, on apprécie de ne pas avoir à retenir l’élan. Car ce qui nous réunissait ici à cette heure là n’était pas la perspective d’une dégustation « bonne franquette » néanmoins agréablement exécutée, mais une excursion programmée au Parc de La Courneuve, en pleine Fête de l’Huma, pour assister à un concert de Manu Chao. Pas trop un truc de droite… Et à la réflexion pas trop un truc de gauche non plus, même si, plus tard dans la soirée, j’apercevrais au loin, avachi sur une tente dont je ne voudrais même comme poubelle à tampons hygiéniques, un black scandaleusement sexy aux faux airs d’un Laurent Fabius qu’on aurait drogué au Paic citron périmé…

Mais revenons plus tôt, au moment de notre arrivée sur le lieu des hostilités. Les abords du Parc de La Courneuve ressemblaient à ce que serait le paysage si on nous transformait en fourmis rompues à la fringue alter-mondialiste d’occase… Le bord de la route consistait en une lente procession ininterrompue de festivaliers en vêtements de laine bariolés sur des kilomètres et des kilomètres. Un pèlerinage embrumé dans la ganja louche, l’euphorie rentrée et l’ivresse retenue. Une vision pleine de promesses délurées. D’explosions latentes.

Les parkings étaient bondés, ça débordait de partout… Le tableau prenait une tournure qui me plaisait bien. J’ai baissé la vitre, le concert avait déjà commencé, plus loin, quelque part… Des basses lourdes en rythme effréné malmenaient l’air, l’éventraient… Ça sentait l’imminence du déchaînement. J’avais déjà assisté à un concert de Manu Chao, quelques années auparavant, et je savais à quoi m’attendre, je savais ce qui se passait, je sentais déjà mes nerfs commencer à piaffer. Une jambe s’agitait. J’avais besoin de convulsions. De frénésie débridée.

Fondu enchaîné, nous voici dans le parc, frôlés, bousculés, par une population déjà farcie de drogues excitantes, planantes, agressives, apaisantes… C’était intéressant, on pouvait voir un quadra encore ado rampant à moitié endormi poursuivi par trois agents administratifs de Conflans-Sainte-Honorine hurlant des citations du Che sur l’air de Pandi Panda… Après s’être frayé un chemin dans le magma dense d’allées bordées de stands à la gloire des sections communistes de Saint Etienne du Rouvray et de Nœud les Mines, de vendeurs de gilets péruviens, de vendeurs de bonnets péruviens, de vendeurs de ceintures péruviennes, de vendeurs de Babybel péruvien, de vendeurs indiens d’hygiaphones péruviens (des mégaphones pour être plus précis, mais nous avions décidé de les renommer hygiaphones parce que ça nous plaisait bien qu’il en soit ainsi et qu’on n’allait tout de même pas se priver d’un joli souvenir à nous). Après cette expédition difficile, seulement guidés par les bribes de concert qu’on sentait à chaque pas plus insistantes, nous nous sommes retrouvés nez à nez avec une marée humaine comme nous n’en n’avions jamais rencontré auparavant, et n’en rencontrerions probablement jamais… Un océan humain, vertigineux, chargé d’électricité vive, à perte de vue… 90000 personnes serrées à mort… Et c’est à peine envisageable tant qu’on n’a pas vu une chose pareille, ça défie l’imagination, ça défie même l’imagination d’un concepteur de pub chargé de nous faire avaler que les légumes Bonduelle sont aussi attirants, sinon plus, qu’un village entièrement construit en briques manufacturées Dragibus.

Solo voy con mi pena, solo va mi condena…

A peine quelques minutes après, nous voici enfin près de la scène, en plein Clandestino, autant dire un moment particulier du concert, le tube, le truc qui permet d’affirmer qu’on a un point commun avec n’importe quelle vendeuse de chaussures de banlieue nicaraguayenne, le truc qu’on est tous venu écouter, le truc qui justifie de se farcir tout le reste et les putains de sacrés bons relents de la Mano Negra. Et putain comme il a vieilli Garbancito... Ambiance au bord du tsunami, déclenchements d’euphorie dans tous les sens… Ça ressemble à une communion, à ceci près que le signe de croix a été remplacé par le mot « marijuana » hurlé en chœur par un panel de sympathisants LCR dreadlockés à donf…

Mais les choses se sont compliquées en deux secondes… Des centaines de gens affluaient vers le concert, ça c’était normal, mais soudain une partie du public a décidé de se diriger vers la sortie… Et que se passe-t-il lorsque vous vous retrouvez au milieu ? Et bien vous apprenez la signification du mot « étau » si vous l’ignoriez encore… Et vous vous dites que votre vocabulaire pourrait très bien s’en passer finalement. Je me souviens avoir pensé un truc du genre « putain c’était un truc comme ça le Heysel, et j’ai le pressentiment que ça craint un peu quand même »

La compression est très vite devenue intolérable, la respiration entravée à la source… Ça y était, chaque expiration menaçait d’être la dernière… Ça appuyait, insistait, serrait de plus en plus fort… La panique débordait de chaque suffocation. Je suis même allé jusqu’à ressentir cette seconde où l’on se résigne à son sort, cette seconde où la peur s’efface, ce moment où l’on se dresse, digne, paisible, presque trop confiant, face à la mort imminente… Tout le manège a peut-être seulement duré dix secondes, mais je me rappelle m’être dit que ma mère serait fière d’avoir un fils capable de tenir plus de dix heures sans respirer. J’avais attrapé la manche de mon amie Miss Calvaire, il me semblait distinguer de la panique dans ses yeux bleus, et ça ne leur allait franchement pas du tout, et c’est peut-être ce qui m’a sauvé… J’ai cessé de penser à sauver ma peau, je devais la sauver, elle. Après tout, c’est bien moi qui l’avais traînée là… Et ne pas avoir une mort sur la conscience est un des rares luxes que je puisse encore m’offrir, et je n’avais pas l’intention d’abdiquer d’un de mes derniers privilèges. Alors je me suis débattu, comme jamais, et ce que je croyais être une légende s’est avéré on ne peut plus véridique, l’instinct de survie agit sur le corps comme cent vingt injections d’EPO quatorzième génération, et à cet instant précis j’aurais pu foutre une raclée démentielle à Mike Tyson en baillant d’ennui.

Ensuite je me souviens juste d’être à l’air libre, avec mon amie, cherchant son compagnon parmi la foule encore sous le coup de ce qui venait de se passer. Nous l’avons retrouvé, et avons décidé de faire le tour du Parc pour trouver un emplacement plus avenant. Le temps qu’on le trouve, le concert touchait à sa fin, mais nous avons tout de même pu nous déhancher sur le Sidi H’ Bibi de la Mano… Je n’en demandais pas plus, je respirais encore, tout me semblait parfait… J’aurais pu visiter le rayon sanitaires du Mr Bricolage d’Abbeville en compagnie de Gerald de Palmas, avec le sourire.

Le lendemain, j’écoutais de foutues bonnes guitares, je massacrais et par conséquent profanais Jimi Hendrix à Guitar Hero, j’étais à deux doigts de rater mon train. Le lendemain je suais… La vie reprenait…

That’s all fucking folks…

26.9.09 :: LIKE THREE CANDLES IN THE WEIRD

Trois ans. Trois bougies salement fatiguées.

Déjà trois ans que je me suis mis dans l’idée qu’un type dans mon genre n’est finalement bon qu’à dire n’importe quoi n'importe quand. Et trois ans que je me suis décidé à le faire savoir bien haut à tous ces gens qui cherchent des photos d’Evelyne Dhéliat à oilpé à longueur de journée. Trois ans que je me dis qu’il y a vraiment tout un tas de pénis très incorrectement employés… Trois ans déjà que j’ai trouvé ce titre de blog sans trop savoir ce que j’allais bien pouvoir en foutre. Et trois ans que je me prends un putain de sacré pied…

Trois ans. Des hauts, quelquefois. Des bas, souvent. Mais toujours la même idée de raconter absolument n’importe quoi. L’idée de pervertir jusqu’aux limites le concept même du blog.

Mais après trois ans, le temps est aussi venu de passer à autre chose. J’ai comme des envies de création, des envies d’horizons plus bizarres encore. J’ai besoin de retrouver un souffle nouveau, pour paraphraser le discours d’un chef de section PS de Charente Maritime. J’ai besoin de retrouver un plaisir d’écrire qui s’estompe forcément très vite lorsqu’on se met à la jouer en roue libre. Le blog ne ferme pas, mais le contenu va peut-être un poil n’avoir rien à voir avec le tout venant habituel… Ce sera toujours plutôt n’importe quoi, ça ça ne changera pas, ça ne sera toujours pas plaisant à lire, ça ne changera pas non plus, mais je vais pour un temps quitter le réel et vous convier à un voyage extravagant, débridé, au cœur d’un monde féérique et dévergondé. Où l’on pourra par exemple croiser des étudiants en comptabilité de bonne famille qui se transforment en uruguayens la nuit venue, des passionnés du mot « pisciculture » qui se réunissent le mardi soir devant des prospectus Auchan, un sosie du groupe AbbA qui arrondit ses fins de mois en dansant la tektonik© sur le best of de la Compagnie Créole, un magicien de Bourg en Bresse qui aurait réussi à transformer Natixis en entreprise de fabrication de bulles pour Orangina, des billets de vingt euros à l’effigie de Daniel Ducruet…

Je prépare en ce moment même la première étape de ce long voyage, et j’informe que je recherche une assistante, principalement pour me permettre de dire aux gens « prenez contact avec mon assistante », un vieux rêve cherchez pas, mais aussi pour m’aider à dénicher des coins bizarres à explorer. Et surtout parce que j’ai envie de me créer le personnage de mon assistante et que je n’ai aucune envie de chercher un nom et un prénom pour ce rôle. Car l’assistante sera l’un des deux personnages principaux de mes histoires à venir. Ceci est une proposition sérieuse. Le CV le plus dérangé sera certainement retenu. Faites preuve de perte absolument totale de contrôle.

Pour tous les autres, considérez-vous comme mes invités pour ce voyage.

So, buy the ticket, take the Daniela Lumbroso ride…

9.9.09 :: FEAR AND LOATHING #9

C’était une journée calme. Aucune menace latente dans l’air. J’avais éventré la télé, mais ça c’était pour le panache. Ou à cause de la pub Fleury Michon de trop. La température s’était enfin résolue à la jouer raisonnable. Je ne suais plus. Et c’est ce jour là que j’ai choisi pour vraiment frôler le pire. Aucun sens du timing…

Tout s’était déroulé à peu près normalement jusqu’aux premières heures du soir. J’avais bien fait un footing d’une demi-heure en fin d’après-midi, mais à ma décharge je devais dormir profondément ou avoir abusé d’un forum bien-être et conseils avisés de beauté à l’attention des physiques intolérables un peu trop portés sur les Granola les gros ringards. J’avais écarté l’hypothèse d’une expérience de mort imminente, pour la bonne et simple raison que j’aime aller au bout des choses, et deux doigts rapidement pressés contre la carotide me confirmèrent qu’il y avait bien un cœur en train de faire ce pour quoi on l’avait foutu là, un peu plus bas.

Le soir tombait doucement dehors (et où veux-tu qu’il tombe sombre con ?). Et que fait-on lorsque le soir tombe et qu’on se retrouve seul devant un pc connecté à internet ? Non pas ça gros dégueulasse, l’autre chose. On se branche fissa sur Facebook et on essaie de convaincre certains contacts de venir causer un peu. Peine perdue dans mon cas. Alors on répond à des tests dont la seule utilité apparente consiste à établir un catalogue exhaustif de toutes les fautes d’orthographe existant ou ayant existé depuis l'Ancien Régime.
J’avais récemment décidé de ne plus répondre à aucun questionnaire « quel personnage de Friends es-tu ? » parce qu’on tombe toujours sur Rachel et que ça commence à m’évoquer certaines pratiques en vogue à Bogota.
Je me suis alors rabattu sur le quiz « quelle erreur de la nature es-tu ? », m’attendant à tomber sur un truc du genre Thierry Alves le gars qui écrit enfin essaie sur le blog Nothing in Excelsis, mais j’ai gagné la mention LE CAFARD. Apparemment on chercherait à m’écraser. Qu’on vienne essayer un peu, pour voir…

Ça n’avait l’air de rien, un pauvre cafard à la con, mais je venais de déclencher comme un processus, lent, insidueux, sous la forme d’une discussion improvisée entre quelques uns de mes contacts. Juste un pauvre cafard à la con. Qu’on a vite laissé faire sa vie dans son trou à la con. La discussion se prolongea, intense, débridée, causer sur Facebook à plus de deux personnes requiert des capacités de concentration difficilement envisageables pour l’humain et une condition physique dûment gonflée à la chimie batave.
Il ne restait plus assez d’énergie pour me rendre compte de ce qui se passait, et lorsqu’on m’a proposé, trop nonchalamment pour ne pas éveiller l'inquiétude, d’aller faire un tour sur Deezer pour découvrir les morceaux récents d’un groupe des années 80 que je croyais mort et enterré depuis… ben depuis les années 80 en fait, j’ai jugé pertinent de ne pas me méfier, d’y aller les yeux fermés, en confiance, et putain avec assez d’enthousiasme pour en arriver à me demander si je n’étais pas devenu Faudel…

Non content d’écouter avec attention, et comme si ça ne suffisait pas, religieusement, j’ai en plus de ça considéré comme un acte éclairé d’apprécier deux chansons… Puis la descente, rude, sévère, retour brutal sur terre, jeté sans ménagement la tête la première sur le sol. Et soudain, dans un réflexe de survie désespéré, j’ai arraché la prise de courant à deux mains, violemment, plongeant soudain la pièce dans une obscurité lourde de ce qui aurait pu se passer si jamais…

J’avais frôlé le pire comme jamais ressortissant portugais n’avait frôlé le pire dans l’est héraultais. Le soir était toujours là, à peine bruissant, rien n’avait bougé, le tonnerre ne s’était pas mis à gronder en se prenant pour un déluge bon marché, aucun fou de Dieu n’était sorti dehors en hurlant des LOL en latin. Personne ne pourrait deviner que ce soir là, seul devant cet écran qui avait presque réussi à me lacérer la rétine, j’avais failli devenir fan du groupe A-ha.

That’s all fucking folks…

24.8.09 :: EXPOSURE #27

Au Grau du Roi, la semaine dernière, c’était facile d’avoir le sourire. Le soleil faisait dans le taillé en V. Les plaques d’immatriculation venaient de partout. Et les gens qui allaient avec, probablement. Mais je m’apprêtais surtout à assouvir certains penchants nostalgiques parmi les plus condamnables en rendant visite à une vieille amie de passage, perdue de vue depuis assez d’années pour s’être arrêté de les compter.

C’était un après-midi d’été en bord de plage comme on sait les concocter sur le littoral languedocien, grouillant d’une population n’ayant pas assimilé le principe selon lequel enfiler des vêtements de bain n’implique pas forcément de devenir un personnage du film Les Bronzés.
Pas de fioritures. Pas de bronzages trop excessivement artificiels. Pas les moyens.
Seulement des caricatures grossières de joueurs de beach volley en short de bain bon marché. Des sosies aussi, le chanteur Christophe, Benoît Poelvoorde, ou cette réplique approximative mais néanmoins foutrement fascinante de Chico, celui de Chico et les Gypsies. Djobi Djoba qu’il disait… Cada dia yo te quiero mas qu’il rajoutait, l’enfoiré…

Ça c’était le décor. Planté à la va vite. Peu importe, j’y ai à peine prêté attention de toute façon. Car j’en tenais une sévère, de joie. Oui, de joie. On ne peut élever la nostalgie au rang d’addiction dure sans bénir le moment que j’étais en train de vivre, revoir une vieille connaissance perdue de vue depuis dix-sept ans, des montagnes de souvenirs imparfaits surgissant comme autant de miracles qu’on n’espérait déjà plus. Des mots échangés en 1992 dans un village de l’Hérault, au pied d’un gars à moitié à poil empalé sur une croix, smells like teen spirit en salves incessantes dans la tronche, autant d’instants fugaces presque entièrement effacés par le temps, avec cette fille qui m’impressionnait un peu, et avec qui pour la première fois de ma vie je ne m’inventais pas un personnage. De ces gens qu’on croise trois ou quatre fois dans une vie, et qu’on se promet de ne jamais totalement perdre de vue, quoi qu’il en coûte, quel que soit le temps que ça prend. Tant l’empreinte qu’ils laissent tire sur le rouge putain de vif.

Alors je n’ai éprouvé aucun scrupule à m’en donner dans les grandes largeurs. J’ai vraiment passé tout un après-midi à me répéter quelle chance insolente j’avais, tout un après-midi à remercier le ciel du cadeau qu’il me faisait, tout un après-midi à me dire que je ne méritais pas ce qui m’arrivait, que ce devait être une farce ou l’effet de la chaleur. Tout un après-midi avec un large sourire impossible à faire rétrécir. Mais ce putain de large sourire, il aurait fallu tout un arsenal d’appareils de mesure extrêmement sensibles pour en déceler la moindre trace. Ou le numéro de téléphone de Paco Rabanne.

Car la timidité, cette garce obèse puant la vache qui rit périmée, avait pris le contrôle de mes actes, et tout ce qui s’est vraiment passé ne ressemble en rien à tout ce que je viens de raconter.
La timidité rend d’abord ridicule, sachez le, c’est son principe premier. Bien que vous restiez lucides, vous ne vous reconnaissez pas, tout ce qui sort de votre bouche ne correspond en rien avec ce que le cerveau a commandé. Vous arrivez à dire des trucs que vous n’auriez encore jamais imaginé pouvoir ne serait-ce que songer à éventuellement essayer de penser. La timidité court-circuite le système nerveux. Ensuite de quoi vos muscles se mettent très vite à trembler, et pas un ne reste à la traîne, alors le seul remède est d’essayer de vous figer, et c’est peut-être encore pire à voir.
Et quand vous vous apprêtez à dire à quelqu’un tout le plaisir que vous éprouvez à de telles retrouvailles, à quel point vous vous sentez heureux d’être là après de si longues années, et que tout ce que vous dites ressemble à « c’est extrêmement bizarre comme situation », vous pressentez que les choses vont tourner à la déconfiture. Et vous vous rendez très vite compte que vous devez avoir un sacré don pour prédire l’avenir…

Et ça ne m’a finalement pas surpris, car les choses se passent toujours de la même façon lorsque je rencontre quelqu’un avec qui je cause sur internet. Cette impression constante d’être de trop dans la vraie vie des gens vrais. Cette impression d’être un importun. Je devrais peut-être arrêter de croire devoir être à la hauteur à chaque fois… Ouais, je devrais peut-être m’en branler très copieusement.

Et Nevermind…

That’s all fucking folks…

22.7.09 :: AILLEURS #2

Dans la série « Je lis seulement les blogs de gens qui préféreraient se farcir d’une seule traite l’intégrale des Filles d’à côté doublée en patois lozérien en compagnie de Steevy Boulay plutôt qu’avoir à ne serait-ce qu’entendre prononcer mon nom », je voudrais saluer le retour aux affaires de Flaoua (et t’as plutôt intérêt à cliquer, laisse moi te prévenir)

Parce que c’est elle qui se cache derrière le seul blog auquel je suis resté plus ou moins fidèle, et ça commence à faire un bout de temps. Parce que j’ai bien cru c’était fini, cette fois. Mais pourquoi elle et pas Loïc Le Meur, comme tout le monde ? On ne partage pas le même univers, on n’est pas du même monde. Probable qu’on s’entretuerait si on se croisait, pour rien, par instinct de survie. Peu importe, je me fous un peu de ce qu’elle raconte, parce que sa façon de procéder relève selon moi de la virtuosité. Ça sonne comme jamais je n’arriverai à faire sonner une phrase. Et ouais ça me rend fou, au fait, mais le plaisir que je prends aide à faire passer la pilule. Un minimum. Le blog le mieux écrit et le mieux « senti » du web n’est pas le mien et ça ne me scandalise pas, ceci ne me ressemble pas.

Pour résumer, pour vous aider à comprendre, si on était amis sur Facebook, je lui aurais offert un dragibus virtuel.

Alors oui je disais il n’y a pas cinq secondes qu’on s’entretuerait, mais j’échangerais bien une bonne dizaine d’années, et les seize premières générations de ma descendance (qui ne serviront de toute façon à rien si la génétique signifie quelque chose), contre la possibilité de m’asseoir quelque part avec elle pour causer, juste cinq minutes. Histoire de voir. Tant qu’on nous laisse encore le droit de jouer avec le feu sans rendre de comptes. A qui que ce soit…

That’s all fucking folks…

18.7.09 :: ROADS #10

Ce ne devait être qu’un café de plus quelque part sur l’A75, un de ces moments qui jalonnent toujours ma route, rituel immuable, quelques instants pour prendre le temps de se sentir heureux de ne pas avoir à faire semblant …

Ce ne devait être qu’un café de plus, quelque part au bord de larges vallées et de pertes de vue par centaines, des élans de joie entrecoupés de gorgées chaleureuses. La route pas loin, prometteuse. Encore.

J’ai alors pensé à elle… Sans me forcer plus que ça, simplement l’idée de tenir une vieille promesse de nuit, partager un moment avec une belle image. Je ne m’attendais juste pas à l’ampleur du sentiment. Boule, incandescente, au ventre. Nette accélération cardiaque. Putain mais qu’est-ce qui se passe, là… Un sourire sur le visage, à déchirer les commissures. Des explosions d’éclats vifs dans les yeux. Et une larme de joie, une première. Putain mais qu’est-ce qui se passe

Ce qui se passait, c’était peut-être seulement l’illusion de toucher du doigt l’étendue de la chance qui m’était accordée, savoir qu’une fille, quelque part, attendait que ce soit moi et moi seul qui se mette à penser à elle devant un café sur le bord d’une autoroute. Et ça, c’est le plus beau cadeau qu’on puisse faire à un routard de ma trempe.

Il n’aura manqué finalement que sa présence… La savoir assise à mes côtés…

Ce ne devait être qu’un café de plus. La vie en avait de bonnes…

That’s all fucking folks…

11.7.09 :: AILLEURS #1

Etrange coïncidence. Je venais tout juste de me mettre à l’écriture d’un roman provisoirement intitulé Philippe Douste-Blazy expliqué au gars de la pub Ricola lorsqu’une bande de suisses visiblement aussi responsables que mon genou a considéré comme une bonne idée de publier un de ces égarements qui vous sont régulièrement infligés ici même…

Je tenais d’abord à dire bravo à toute l’équipe de Cousu Mouche, puisque c’est bien d’eux qu’il s’agit : je ne pensais pas possible qu’il puisse exister quelque part un site au nom plus accrocheur que le mien, si j’excepte bien sûr le site Ministère du Travail, des Relations sociales, de la Famille, de la Solidarité et de la Ville.

Bravo également pour cet espace fantastique, pour l’esprit qui règne dans les lieux, je suis flatté de côtoyer tant de beau monde. Toi qui t’es égaré je ne sais foutre comment ici, je t’encourage vivement à traîner un peu par là-bas, et tiens je te remets même le lien pour t’éviter d’avoir à revenir sur tes pas : Cousu Mouche (coing pomme).

Et merci à toute l’équipe pour la disponibilité, l’attitude et l’efficacité. Merci également d’avoir enfreint un principe pour m’accueillir, j’ai apprécié l’allure du geste…

That’s all fucking folks…

30.6.09 :: RADIO #3

Maurice, OÜI FM, 20h – Des kilomètres de nuits abruptes
On le croise soudain, s’imposant au détour d’un soir, Maurice. On l’accompagne parce qu’on sait que le voyage sera à la hauteur de la nuit, Maurice. On accepte d’en sortir avec des bleus parce que c’est le tarif dès lors qu’on choisit de ne pas la jouer à l’économie. En plein dedans, genre frontal. Maurice. Presque vingt ans d’une longue histoire en quelques lignes à nu…

Cette longue histoire traversée de belles guitares résonnant longtemps dans l’air, ces bouts de routes parcourus ensemble à travers des ondes souvent grésillantes, les accidents qui vont avec, qui apprennent à se relever et recoller les morceaux qui peuvent encore l’être, ces vieilles giclées grandioses des vieux soirs presque effacés, ces charges d’électricité vive qui dressent le poil et l’arrachent parfois, ces rudes ébranlements nécessaires pour maintenir le bon cap, la voix de cette fille qu’on entend à minuit puis qu’on se met à chercher furieusement parce qu’on sait maintenant qu’elle existe et qu’on ne pourra pas reprendre son souffle tant qu’on ne l’aura pas croisée quelque part sur le chemin…

Toutes ces nuits durant lesquelles on s’est donné les moyens de partager un peu d’intense. Assez pour en faire une jolie vieille histoire à raconter quand il arrive de se faire tard…

That’s all fucking folks…

30.5.09 :: UNE NUIT PAS TOUT A FAIT COMME

Les soirées pleines de très jolies choses sont rares, assez pour faire en sorte de les clore dans la grandeur. La meilleure façon de finir la nuit, pour un solitaire de ma trempe, ne pouvait se concevoir ce soir sans une promenade tardive dans la ville endormie…

A plus d’une heure du mat, le vent avait faibli et une rumeur sourde et lointaine rapportait les derniers échos timides d’un vendredi calme et serein.
J’ai roulé de longues minutes dans les rues le plus souvent désertes, lentement, pour laisser venir à moi l’air léger d’une nuit de mai. A mon rythme, profitant de ces langueurs tièdes qui précèdent l’enfoiré de putain d’été.

Puis j’ai finalement laissé la voiture sur le parking du Leclerc du coin, avant d’aller marcher sur le bord de la nationale, parce que j’avais très envie d’être là, mais surtout, et je tremble d’effroi à l’idée de ce que je vais dire maintenant, parce que j’avais envie de rencontre. Je dissipe tout suspense, il n’y a pas eu de rencontre, ce genre de choses n’existe pas. Alors j’ai remonté la grande route, les quelques voitures qui sont passées ont semblé accélérer en arrivant à ma hauteur, le cirque habituel. Tout ce que je pouvais espérer de cette nuit, finalement, c’était qu’une fille pense à moi quelque part, une amie d’enfance qui tomberait au même instant sur une vieille photo de classe, n’importe quoi, je prenais.

Mais rien de tout ça, non, je marchais comme un con près d’abribus avec des affiches pour les glaces à boire au caramel de chez McDonald’s, ça c’était la réalité. Et le lendemain, lorsque les gens achèteraient leur glace à boire, ils n’auraient aucune pensée pour cet homme qui, en se remémorant sa nuit, se dirait qu’il n’avait pas manqué grand-chose…

Il est 4h27, c’était tout de même une soirée fantastique, je vais peut-être tenter ma chance à nouveau, dès la nuit prochaine. Ça dépendra de l’humeur…

Voilà, j’avais juste envie de vous raconter ça, ces quelques heures où j’ai touché du doigt la possibilité d’entrevoir un peu de lumière neuve. Ce n’était qu’un aparté, prenez le comme tel, car dès demain on reprend les vieilles habitudes déglinguées du bordel. Non mais.

That’s all fucking folks…